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Poucette et l'oiseau

Poucette et l'oiseau Le chagrin de Poucette fut d'autant plus grand, qu'elle ne put plus sortir et se réchauffer au soleil. Le blé poussait sur la maison de la souris des champs, formant déjà pour la pauvre petite fille, haute d'un pouce, une véritable forêt. 2.29 sur 5 note basée sur 7 évaluations.

Episode 7 de la petite poucette

La première fois que ses voisines profitèrent de cette aimable offre, la taupe les précéda dans ce long et sombre corridor, tenant entre ses dents un morceau de vieux bois, brillant de phosphore, pour les éclairer. Arrivée à l’endroit où gisait l’oiseau mort, elle enleva de son large museau une partie de la terre du plafond, et fit ainsi un trou par lequel la lumière pénétra. Au milieu du corridor s’étendait par terre le corps d’une hirondelle, sans doute morte de faim, dont les ailes étaient serrées aux côtés, la tête et les pieds cachés sous les plumes. Ce spectacle fit bien mal à la petite Poucette ; elle aimait tant les petits oiseaux qui, pendant tout l’été, l’avaient égayée de leurs chants ! Mais la taupe poussa l’hirondelle de ses pattes et dit : « Elle ne sifflera plus ! quel malheur, que de naître oiseau ! Dieu merci, aucun de mes enfants ne subira un sort aussi malheureux. Une telle créature n’a pour toute fortune que son : Quivit ! quivit ! et l’hiver elle meurt de faim.

– Vous parlez sagement ! répondit la vieille souris ; le quivit ! ne rapporte rien ; c’est juste ce qu’il faut pour périr dans la misère : cependant il y en a qui se pavanent d’orgueil de savoir chanter. » Poucette ne dit rien ; mais, lorsque les deux autres eurent tourné le dos à l’oiseau, elle se pencha vers lui, et, écartant les plumes qui couvraient sa tête, elle déposa un baiser sur ses yeux fermés.

« C’est peut-être le même qui chantait si gentiment pour moi cet été, pensa-t-elle ; pauvre petit oiseau, que je te plains ! »

La taupe, après avoir bouché le trou, reconduisit les dames chez elle. Ne pouvant dormir de toute la nuit, la petite Poucette se leva et tressa un joli tapis de foin qu’elle porta dans l’allée et étendit sur l’oiseau mort. Puis elle lui mit de chaque côté un tas de coton qu’elle avait trouvé chez la souris, comme si elle craignait que la fraîcheur de la terre ne fît mal à ce corps inanimé.

« Adieu, bel oiseau ! dit-elle, adieu ! Merci de ta belle chanson qui me réjouissait tant pendant la douce saison de l’été, où je pouvais admirer la verdure et me réchauffer au soleil. »

À ces mots, elle appuya sa tête sur la poitrine de l’hirondelle ; mais aussitôt elle se leva tout effrayée, elle avait entendu un léger battement : il provenait du coeur de l’oiseau, qui n’était pas mort, mais seulement engourdi. La chaleur l’avait rendu à la vie.

En automne, les hirondelles retournent aux pays chauds, et si une d’elles s’attarde en route, le froid la fait bientôt tomber à terre comme morte, et la neige s’étend sur elle.

Poucette tremblait encore de frayeur ; comparée à elle, dont la taille n’excédait pas un pouce, l’hirondelle paraissait un géant. Cependant elle prit courage, serra bien le coton autour du pauvre oiseau, alla chercher une feuille de menthe qui lui servait de couverture, et la lui posa sur la tête.

La nuit suivante, se rendant encore auprès du malade, elle le trouva vivant, mais si faible que ses yeux s’ouvrirent à peine un instant pour regarder la petite fille, qui tenait à la main, pour toute lumière, un morceau de vieux bois luisant.

« Je te remercie, charmante petite enfant, dit l’oiseau souffrant ; tu m’as bien réchauffé. Dans peu, je reprendrai toutes mes forces et je m’envolerai dans l’air, aux rayons du soleil.

– Hélas ! répondit Poucette, il fait froid dehors, il neige, il gèle ; reste dans ton lit. J’aurai soin de toi. »

Ensuite, elle lui apporta de l’eau dans une feuille de fleur. L’oiseau but et lui raconta comment, ayant déchiré une de ses ailes à un buisson d’épines, il n’avait pu suivre les autres aux pays chauds. Il avait fini par tomber à terre, et, de ce moment, il ne se rappelait plus rien de ce qui lui était arrivé.

Pendant tout l’hiver, à l’insu de la souris et de la taupe, la petite Poucette soigna ainsi l’hirondelle avec la plus grande affection. À l’arrivée du printemps, lorsque le soleil commença à réchauffer la terre, l’oiseau fit ses adieux à la petite fille, qui rouvrit le trou pratiqué autrefois par la taupe. L’hirondelle pria sa bienfaitrice de l’accompagner dans la forêt verte, assise sur son dos. Mais Poucette savait que son départ causerait du chagrin à la vieille souris des champs.

« Non, dit-elle, je ne le puis. – Adieu donc, adieu, charmante petite enfant ! » répondit l’hirondelle en s’envolant au soleil. Poucette la regarda partir, les larmes aux yeux ; elle aimait tant la gentille hirondelle ! « Quivit ! quivit ! » fit encore une fois l’oiseau, puis il disparut.

Le chagrin de Poucette fut d’autant plus grand, qu’elle ne put plus sortir et se réchauffer au soleil. Le blé poussait sur la maison de la souris des champs, formant déjà pour la pauvre petite fille, haute d’un pouce, une véritable forêt.

« Cet été, tu travailleras à ton trousseau, lui dit la souris, car l’ennuyeuse taupe à la pelisse noire avait demandé la main de Poucette. Pour épouser la taupe, il faut que tu sois convenablement pourvue de vêtements et de linge. »

La petite fut obligée de prendre la quenouille, et la souris des champs employa en outre à la journée quatre araignées qui filaient sans relâche. Tous les soirs, la taupe leur rendait visite et leur parlait des ennuis de l’été, qui rend la terre brûlante et insupportable. Aussi la noce ne se ferait qu’à la fin de la saison. En attendant, la  petite Poucette allait tous les jours, au lever et au coucher du soleil, à la porte, où elle regardait, à travers les épis agités par le vent, l’azur du ciel, en admirant la beauté de la nature et en pensant à l’hirondelle chérie ; mais l’hirondelle était loin, et ne reviendrait peut-être jamais.

L’automne arriva et Poucette avait achevé son trousseau.

« Dans quatre semaines la noce ! » lui dit la souris. Et la pauvre enfant pleura ; elle ne voulait pas épouser l’ennuyeuse taupe.

« Quelle bêtise ! s’écria la souris ; ne sois pas entêtée, ou je te mordrai de ma dent blanche. Tu devrais t’estimer bien heureuse d’épouser un aussi bel homme, qui porte une pelisse de velours noir dont la reine elle-même n’a pas la pareille. Tu devrais remercier le bon Dieu de trouver une cuisine et une cave si bien garnies. »

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